dimanche 28 janvier 2007

Pétition pour un étiquetage clair du mode de transport des marchandises intercontinentales

De plus en plus fréquemment, fruits, légumes, viandes et autres fleurs provenant des quatre coins de la planète nous sont proposés dans les commerces.

Lorsque ces produits sont acheminés en Belgique (ou en Europe) par avion, le coût énergétique est extrêmement élevé, avec des émissions de CO2 hors normes, 60 fois plus que le transport par voie maritime.

Par exemple, le seul transport aérien d’un kilo...
- de fraises d’Israël émet 2,6 kg de CO2, soit l’équivalent de 1 litre de pétrole.
- d’asperges du Pérou émet 8,4 kg de CO2, soit l’équivalent de 3,1 litres de pétrole.
- de bœuf d’Argentine émet 9 kg de CO2, soit l’équivalent de 3,4 litres de pétrole.
- d’agneau de Nouvelle-Zélande émet 15 kg de CO2, soit l’équivalent de 5,6 litres de pétrole.

Cette pratique n’est pas neuve mais dans le contexte actuel de réchauffement climatique, cela devient interpellant. Je ne souhaite pas interdire les importations de ces produits frais mais, en tant que consommateur, je désire pouvoir faire mon choix en connaissance de cause.

C’est la raison pour laquelle j’en appelle aux partis politiques démocratiques belges pour qu’ils légifèrent en la matière et imposent aux distributeurs l’application de logos (un avion rouge et un bateau bleu, par exemple) indiquant systématiquement et clairement le mode de transport utilisé pour le transport intercontinental de ces marchandises.


Signer la pétition


Cette pétition est réalisée à l’initiative du Collectif « Avion Rouge » composé de Fabrice Collignon (économiste, Liège), Pierre de Wit (architecte, Liège), David Leloup (journaliste, Liège), Pierre Ozer (docteur en sciences, Liège), Dominique Perrin (docteur en environnement, Flémalle), Sonia Veckmans (géographe, Yvoir) et Martin Willems (ingénieur, Rixensart).

17 commentaires:

JP Foguenne a dit…

Excellente initiative, je signe de suite. Il est grand temps d'ouvrir les yeux sur nos modes de consommation absolument insoutenables à moyen terme. Le transport de denrées alimentaires en avion est une aberration environnementale complète.

Yannick a dit…

En voilà une excellente idée... toute gentille. Espérons que ce soit un premier pas vers un étiquetage ambitieux mentionnant l'énergie grise (toute l'énergie consommée pour fabriquer, transporter et recycler un produit) de tout ce qui est commercialisé! C'est assez malin de commencer avec une telle revendication, car vu le contexte c'est impossible de refuser. Même le MR et le VLD ne peuvent qu'être d'accord: ça ne touche pas à leur sacro-saint (néo)libéralisme.

Anonyme a dit…

Bonjour,
Avant de la signer, j'aimerais savoir ce que vous allez faire de la pétition. La donner ? A qui ? Quand ?
Merci de vos infos?
Ygaëlle

David a dit…

@Yannick:
Merci. Vous soulignez la différence entre un étiquetage et une labellisation.
Pour un label certifiant la quantité d'énergie grise, cela demanderait des audits, des contrôles, un suivi de toute la chaîne... Bref, ce serait un excellent label environnemental (auquel un label social devrait idéalement s'ajouter). Mais dans un premier temps, nous nous concentrons sur cette mesure d'étiquetage plus simple à mettre en oeuvre.

Pierre Ozer a dit…

Merci à JP Foguenne et Yannick pour leurs commentaires. Pour répondre à Ygaëlle, la pétition est gérée par le Collectif Avion Rouge uniquement. La pétition et toutes les signatures seront remises aux présidents des quatre partis belges francophones (PS, MR, CdH et Ecolo) durant le mois d'avril. Si le mouvement devait s'étendre à la Flandre, on étendrait le dépôt de la pétition aux partis flamands également.
Merci à toutes et à tous.
Pierre Ozer

Bilou a dit…

C'est sans doute mieux que rien, et je signe bien volontiers, mais sur une base volontaire, les modifications de comportement ne peuvent pas être très significatifs.
Ainsi, préférer des pommes-bateau bleu à des pommes-avion rouge n'est pas trop difficile, et encore seulement si le prix n'est pas trop différent, mais renoncer à tous ces fruits qui ne voyagent que par avion -et ils sont nombreux!- n'est pas à la portée du premier consommateur venu. Il serait incomparablement plus efficace de taxer le kérosène , ce qui se répercuterait immédiatement sur le prix des marchandises 'avion'. L'effort consenti par les consommateurs est alors uniformément réparti entre eux, et ne repose pas seulement sur les plus convaincus.

Vincent a dit…

D'accord avec "Bilou" à propos d'une augmentation des taxes sur le kérozène (on pourrait d'ailleurs nommer cette taxe la "kéro-gêne").

Mais à part ça, cette action contre les produits importés par avion risque de pénaliser aussi la plupart des produits étiquetés "commerce équitable" et "Made in Dignity"... Cas de conscience...

David L. a dit…

@Bilou:
L'idéal en effet serait une taxe mondiale sur le kérozène. Mais quelle institution internationale a le pouvoir d'imposer ça à tous les pays? C'est comme pour les paradis fiscaux ou les pavillons de complaisance: il suffit qu'il n'y en ait qu'un seul pour permettre l'évasion fiscale mondialisée et l'affrètement de poubelles flottantes comme le Prestige (Bahamas)ou l'Erika (Malte). Lancer une pétition mondiale pour taxer le kérozène est sans doute fort ambitieux pour un collectif spontané de 7 Belges francophones comme le nôtre. Faire pression sur les partis politiques belges apparaît plus réaliste. En espérant ensuite que ça fasse tache d'huile en Europe et ailleurs.

@Vincent:
La réponse qui suit n'engage que moi. Importer par avion des roses équitables du Kenya n'est-il pas une aberration environnementale? D'autant que le GIEC nous apprend que les populations qui souffriront le plus des conséquences du réchauffement climatique sont les populations du Sud... Bref, la dringuelle équitable d'aujourd'hui sera inévitablement accompagnée d'un boomerang climatique demain. Tout cela est-il bien raisonnable?

Il existe une multitude d'autres façons d'aider les petits producteurs du Sud dont on importe aujourd'hui la production par avion, par exemple en supprimant les aides de la PAC aux agriculteurs européens ou, comme le propose Frans van der Hof lui-même (co-fondateur de Max Havelaar), en votant une loi qui fixerait les marges que l’industrie et les détaillants peuvent réaliser sur les produits issus du commerce équitable. Enfin, comme l'a montré Christian Jacquiau dans son livre "Les coulisses du commerce équitable", les petits producteurs labellisés "équitable" ne gagnent pas tellement mieux leur vie que ceux du commerce non équitable.

Tôt ou tard, les acteurs du commerce équitable devront se recentrer sur les produits transportés par bateau (les fondateurs de Veja, la chaussure de sport équitable et "branchée" importée du Brésil, envisagent de recourir à des bateaux motorisés assistés de voiles pour réduire leur consommation). Et là, le bateau bleu sur l'étiquette leur donnera un sacré avantage face au même produit non équitable acheminé par avion.

Jean-christophe a dit…

Bonjour,

je serais intéressé de connaitre les détails du calcul qui vous permettent d'arriver à ces chiffres (le seul transport aérien d’un kilo...
- de fraises d’Israël émet 2,6 kg de CO2, soit l’équivalent de 1 litre de pétrole.)

...Excellente initiative que cette pétition, cela dit. :)

Pierre Ozer a dit…

Cher Jean-Christophe,
Je te remercie pour l'intérêt que tu portes à cette pétition.

Pour répondre à ta question:
Pour réaliser ces calculs, nous nous sommes basés sur les chiffres moyens suivants: pour une tonne de marchandises, les émissions de CO2 sont estimées à 799 grammes par kilomètre parcouru lors du transport aérien et de 13 grammes par kilomètre parcouru lors du transport par voie maritime.

Mettons donc un kilogramme d'agneau de Nouvelle-Zélande (18700 km).
Les émissions de CO2 sont donc de 799 grammes x 18700 km / 1000 = 14941 grammes de CO2.
Sachant que un véhicule émet en moyenne 160 grammes de CO2 par km, 14941 / 160 = ce qui est émis sur 93 km parcourus.
Comme un véhicule consomme en moyenne 6 litres aux 100 km... Le calcul est simple... 5,6 litres d'essence...

J'espère avoir répondu correctement à ta question.

Meilleures salutations
Pierre Ozer

Satanas46 (Liège) a dit…

Bonjour, j'ai reçu le message suivant dans ma boîte mail: "Si vous vous interrogez sur l'intérêt d'éteindre les lumières ce soir mais que vous avez quand même envie de faire quelque chose pour l'environnement, ceci peut vous intéresser: http://avionrouge.blogspot.com/2007/01/ptition-pour-un-tiquetage-sur-le.html

Mon avis: L'idée est séduisante, mais...
- dommage de mettre en concurrence cette action avec celle d'hier. Ferions-nous davantage "quelque chose pour l'environnement" en pétitionnant aujourd'hui qu'en éteignant nos lumières hier? Dans le genre enculage de mouches entre bobos... Je n'aime pas être pris pour un gogo... En tout cas, après avoir hésité longtemps, j'ai coupé le jus chez moi hier soir et le premier effet positif fut de bénéficier de 5 minutes de calme à la lueur d'une bougie avec mes mômes, sans gsm ni msn ni rtbf ni rtl ni... Rien que pour ça, et sans minimiser l'importance du défi du changement climatique, ça vaudrait le coup de renouveler l'opération!
- je n'aime pas signer une pétition sans savoir qui signe avec moi. Tant qu'à faire, je préfère être en bonne compagnie:-) La "liste des signataires" n'étant constituée que de prénoms, je préfère m'abstenir.
- à lire certains commentaires, l'action proposée présente un risque d'effets pervers. Par exemple, le commerce équitable serait-il concerné? Fameux cas de conscience, non?
A ce stade donc, je ne suis pas convaincu par cette idée qui mériterait d'être approfondie avant d'être soutenue.
Bon courage.

Dominique Perrin a dit…

En réponse à Satanas :
Tout d'abord, nous avons effectivement éteint les lumières de nos maisons le 1er février. En aucun cas, il n'y a concurrence avec notre action. Le mail que tu as reçu n'émane pas directement de notre collectif. Sorry pour le malentendu
Sur la confidentialité des signataires, il est vrai que seul les prénoms figurent sur le site Web, mais bien sur que nous disposons des coordonnées de chacun. Les règles de confidentialité figurent sur la page principale du site de la pétition. C'est nécessaire notamment pour éviter de capturer les coordonnées à des fins de Spams !!
Sur le troisième point, il est clair que nous respectons le commerce équitable. Utiliser un mode de transport correct en terme environnemental (bateau "plein"), moins polluant que l'avion, va dans ce sens. En outre, ne vaut il pas mieux donner des signaux pour favoriser le commerce équitable, qui conduit à une diffusion locale des produits.
Merci dans tous les cas de nous avoir lu !

superkbe a dit…

Comment 1 litre de pétrole (plus léger que l'eau puisqu'il flotte, pesant donc moins d'1kilogramme) peut-il être responsable de l'émission de 2,6 kg (c'est bien kilogramme?) de CO2?
Lavoisier doit se retourner dans sa tombe. Et moi, je vais me tracasser davantage encore pour les émissions de GES.

Dominique Perrin a dit…

@superkbe
In fine, le facteur d'émission en CO2 varie de 2.6 à 3 kg de CO2 par
litre d'essence

Ce facteur a deux composantes :

la combustion sensu stricto :
la combustion compléte sensu stricto d'1 litre d'essence émet de 2.28
kg de CO2.
Ce calcul repose sur la réaction de combustion complète d'un alcane :
CnH(2n+2) + (3n+1)/2*(O2+3.76N2) --> nCO2 + (n+1)H2O+(3n+1)/2*3.76N2
Sachant que la masse volumique de l'essence est de 0.74 kg/l et que 1
gramme d'essence brulée rejete 3.09 grammes de CO2, il vient : 0.74 *
3.09 = 2.28 kg de CO2 par litre d'essence brulée (quelques dixième de
variante en fonction du taux de rendement de la réaction)

La seconde composante est le CO2 produit lors de la phase de synthèse
de l'essence elle-même, lors du raffinage par exemple. Cette quantité
varie autour d'une moyenne de 0.65 kg par litre.

Nous avons choisi la valeur conservative de 2.7 kg/l. Nous aurions pu
aussi ajouter quelques dixième pour le méthane et le N2O émis, qui
sont aussi des gaz à effet de serre.

J'espère que cela rassurera Lavoisier ;-)))

Thierry a dit…

Bonjour à tous,

votre initiave me semble tout à honorable car effectivement, le transport aérien est très polluants. Je suis pilote de gros porteurs cargo pour une société hollandaise et je sillonne le monde. Quand je vois effectivement que pour ramener 100 tonnes d'asperges vertes de Lima, mon avion aura brulé plus de 130 000 litres de kérozène, vous vous posez quand même des questions.

Vous oubliez de parler des fleurs. Forcément, pour une société hollandaise, 80% du cargo périssable est composé de fleurs: roses d'Equateur, de Colombie, du Kenya et même de Chine. Même constat: 12 heures de vol pour rentrer de Quito et un produit qui ne va même pas tenir une semaine! C'est incroyable.

Ce qui me scandalise encore plus, c'est tous ceux nouveaux riches de Dubai ou de Los Angeles qui se font livrer des Porches, Lamborghinis et autres Mercedes par avion depuis l'Europe.

Grace au développement rapide du secteur cargo, des pays comme le Kenya surexploite les réserves d'eau pour faire pousser des roses. Les lacs se vident à vue d'oeil et la faune disparait. Chaque soir, 300 tonnes de roses quitte Nairobi vers Frankfurt, Amsterdam, Maastricht et biensûr Dubai, oui encore eux.

Alors pour revenir sur votre cause, tant qu'il y aura des gens qui acheteront ces fleurs "bon marché" et autres produits alimentaires hors saison, je continuerais à silloner le monde pour les satisfaire. Bravo pour votre initiative

David a dit…

@Thierry:
Merci pour votre témoignage et votre soutien. Je vous répondrais néanmoins en citant un extrait de la chronique du sociologue Alain Accardo publiée dans le numéro de mars 2007 du mensuel français La Décroissance, intitulée «En toute innocence»:

«Peut-être que sur cette voie escarpée où cahote la civilisation, des foules de gens qui ne se préoccupent que d'accomplir "en toute innocence" leur devoir, dans leurs bureaux, leurs ateliers, leurs boutiques, leurs labos, etc., finiront par réaliser que la conscience d'un individu ne se limite pas à l'impeccabilité professionnelle et qu'elle lui impose de se demander si parfois, à trop bien remplir sa fonction, il ne bafoue pas l'humain, en lui-même et en autrui. Pour une raison sociologique fondamentale: aucun système de domination ne fonctionnerait si les dominés, à la fois victimes et bourreaux, ne collaboraient à leur propre asservissement et à celui des autres, ne fût-ce qu'en y jouant un rôle subalterne.»

Fanny Charpentier a dit…

Bonjour,

je m'interroge sur les effets qu'auraient une telle proposition sur le commerce équitable, et notamment par rapport à des produits cultivés par des petits paysans andins, produits "incultivables" ici, comme le café ou le cacao. J'ai lu la proposition de loi d'Ecolo sur le sujet et certains des préliminaires me laissent sans voix...
merci pour votre réaction